la suisse est une femme : entretien avec edith schnapper

La Suisse est une femme, ce sont des interviews qui mettent en lumière des femmes inspirantes en Suisse. Des parcours de vie, des histoires, des réussites mais aussi des défis : à travers des entretiens décalés, laissez-vous inspirer et motiver par le girl power venu tout droit du pays du chocolat (n’en déplaise à nos ami·e·s belges).

Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec Edith Schnapper, l’une des Superwomen de la promotion des jeunes filles et des femmes dans les métiers techniques et scientifiques. La cape, le masque et les collants colorés, très peu pour elle. Elle mise sur une détermination à toute épreuve et une énergie débordante.

Convaincue et convaincante, elle se bat aux côtés de son équipe de la Promotion de la relève de l’Académie suisse des sciences techniques, pour que les femmes, encore et toujours grandes absentes des domaines tech & sciences, aient toute leur place. Aussi tenace qu’un chewing-gum collé sous une chaussure en plein mois de juillet, elle ne lâchera pas le morceau. Et même si elle vit à 100 à l’heure, j’ai réussi à l’attraper quelques instants pour qu’elle réponde à mes 10 questions farfelues.

Super-Edith, qui es-tu ?

Je suis plurielle, un caméléon. Je pourrais tout aussi bien partir au bout du monde créer un centre d’accueil pour les femmes victimes de violences, traverser l’Atlantique à la voile (si je savais naviguer) ou monter une école d’informatique au Congo. J’ai travaillé dans des environnements très variés, notamment dans des villages en Afrique, et je m’adapte facilement. Que ce soit sur le terrain ou dans des cercles diplomatiques, je me sens à ma place. J’apprends vite et je peux me fondre dans des contextes très différents.
Je suis aussi multiple dans mes centres d’intérêts : danse, musique, littérature…
Sur le plan personnel, je suis une maman, une amie, une femme engagée dans les causes qui me tiennent à cœur : la justice sociale, l’inclusion, la diversité. Et surtout, je suis en colère. Face à l’état du monde, je ressens une profonde indignation. Je suis optimiste, certes, mais révoltée.

Est-ce que tu as un super pouvoir ? Le fait d’être caméléon peut-être ?

Oui, c’est une force. Mais mon vrai super pouvoir, c’est définitivement mon esprit analytique. Il me permet de comprendre rapidement les situations, d’anticiper les enjeux et de trouver des solutions adaptées. D’ailleurs, mes ancien·ne·s collègues m’avaient donné un surnom – que je vais garder secret – qui mettait en avant cette capacité d’analyse et de réflexion.

Si tu devais expliquer l’égalité des genres à un·e enfant de 5 ans, tu lui dirais quoi ?

Je lui dirais simplement : « C’est vouloir que tout le monde ait les mêmes droits et soit traité de la même manière. » Et j’ajouterais que l’égalité bénéficie à tout le monde. Avoir les mêmes chances et accéder aux mêmes opportunités rendrait le monde plus juste et plus efficace. C’est pourquoi, dans les domaines de la tech et des sciences, nous travaillons activement à encourager les filles et les femmes à prendre toute leur place, en comblant les inégalités existantes.

Je t’invite à une fête costumée sur le thème de l’inclusion, comment tu te déguises et pourquoi ?

En hippocampe, parce que c’est le papa qui porte les œufs.

Si je te demandais d’écrire une chanson pour promouvoir la tech et les sciences auprès des filles, quel serait son titre ? Et un petit refrain tant qu’on y est ?

« On hack le système ». Je demanderais sûrement à Grand Corps Malade d’écrire le refrain. Ou à Gaël Faye.

De manière générale, quelle est la phrase qui te fait sortir de tes gonds et qui revient aussi souvent que la pub pendant un épisode de Columbo ?

« On ne va quand même pas obliger les filles à faire des sciences si elles ne veulent pas. »
Cette phrase est insidieuse. Elle sous-entend que si les filles sont sous-représentées en tech et en sciences, c’est uniquement par choix personnel. Or, on oublie l’impact de l’éducation, des normes sociales et des stéréotypes qui, dès le plus jeune âge, inculquent aux petites filles que « les maths, c’est pour les garçons ». Ce n’est pas une question de volonté individuelle, mais un problème systémique. C’est quelque chose qui doit être déconstruit rapidement au niveau de l’école, de la culture, de la publicité etc. Il faut replacer ces discussions au niveau du système, mais pas au niveau des individus. Dans d’autres pays comme la Malaisie par exemple, les femmes dominent le secteur de l’informatique, preuve que le contexte joue un rôle crucial.

Est-ce que tu as déjà eu envie de baisser les bras ? Si oui, à quelle occasion ? Et si non, j’aimerais savoir comment tu fais…

Je suis impatiente de nature, et répéter les mêmes choses à tous les niveaux peut être frustrant. Mais je ne lâche rien, pour deux raisons. D’abord, ma communauté. Une sororité sur laquelle je peux compter. Voir tant de personnes engagées m’aide à continuer d’avancer et me donne de l’énergie.
Ensuite, les victoires. Comme celle de Johanna, une ancienne mentorée du premier programme Swiss TecLadies, qui m’a appelée pour nous remercier quelques années plus tard après avoir réussi les sélections pour SPHAIR afin de devenir pilote de chasse et suivre les traces de Fanny Cholet. Si, à travers mon engagement, j’ai aidé ne serait-ce qu’une seule personne à trouver sa voie, alors cela vaut la peine de continuer.

Face au découragement, je crois en la puissance du dialogue. Quel que soit le sujet, une discussion ouverte permet d’avancer. L’échange est essentiel, c’est une obligation morale et on a besoin d’espace pour se parler et se comprendre. Mais il faut savoir quand et comment engager la discussion, et s’appuyer sur les bons leviers pour se faire entendre : émotions, faits, statistiques. Cela dit, il est aussi essentiel de déterminer quand s’arrêter pour ne pas s’épuiser et mettre ses énergies aux bons endroits.

Je sais que tu dévores les livres. Si tu ne devais en garder qu’un (oui c’est chaud), ce serait lequel et pourquoi ?

Impossible ! Je refuse de choisir. 😊
J’ai grandi avec Romain Gary et Gabriel García Márquez, mais aujourd’hui, j’aimerais aussi mettre en avant des autrices.
Côté essais, je recommande Les oubliées du numérique d’Isabelle Collet, qui décrypte les inégalités dans la tech et les sciences, et Présentes de Lauren Bastide, un manifeste féministe riche et inspirant.
En romans, L’Art de la joie de Goliarda Sapienza est une fresque éblouissante sur une femme libre, avec en toile de fond l’histoire de l’Italie.
Enfin une femme de lettres suisse, Après le monde d’Antoinette Rychner, une dystopie post-effondrement capitaliste. Dur, mais porteur d’espoir et de réflexions sur notre avenir. Un vrai coup de poing.

La question rien à voir : c’est lequel ton chocolat préféré ?

Sprüngli, leur chocolat noir aux raisins.

Enfin, quelle serait la prochaine femme que tu me conseillerais d’interviewer ?

En toute spontanéité c’est… Allez, un peu de patience, vous le saurez tout bientôt.